Vol au-dessus d'un viol, témoignage d'Eliane Corgrhas

Publié le par les-critiques-de-yuyine

 

> Le livre : Vol au-dessus d’un viol (Violée à 50 ans) de Eliane Corgrhas, Société des Ecrivains, 35 pages, 11,00 €.


http://a404.idata.over-blog.com/344x500/1/10/54/32/MES-LIVRES/SUITE-3/VOL-AU-DESSUS-D-UN-VIOL.jpg> Le pitch : Un soir de déprime, une femme se rend dans un bar pour y noyer ses problèmes maritaux et financiers. Elle y rencontre des hommes, dont un qu’elle connaissait, qu’elle invite chez elle pour un dernier verre. Sur place, l’un finit par partir, l’autre reste… et abuse de la situation en violant cette quinquagénaire. Ceci ne relève malheureusement pas de la fiction ; il s’agit bien au contraire de l’histoire traumatique d’Eliane Corghas, expérience au-delà du concevable, générant des lendemains oppressants, qu’elle relate dans ce témoignage qui met des mots sur l’indicible. L’impression d’être responsable du drame, l’anéantissement intérieur, le sentiment que l’on ne vous croit pas, l’horreur des faits… Ce sont ces multiples facettes du viol que décrit le texte, concis, brut, authentique, d’Eliane Corghas. Un récit qui rompt le silence dans lequel s’enferment souvent les femmes qui connaissent ce crime, qui veut leur faire partager le parcours, difficile mais nécessaire, qui commence avec le dépôt de la plainte… et qui marque certainement, chez l’auteur, un début de reconstruction de soi.


 

> Extrêmement court mais terriblement troublant. J’ai choisi de lire ce témoignage de viol, d’une part parce que c’est un sujet rarement évoqué par les victimes elles-mêmes à travers des livres et d’autre part parce que son tout petit nombre de pages m’intriguait. Finalement, au travers de ce qu’a vécu Eliane Corgrhas (je m’excuse si l’écriture du nom est mauvaise mais elle est différente sur la couverture et la quatrième de couverture du livre), on comprend cet aspect condensé. Comme une auto-défense, une volonté de raconter son histoire sans pour autant dévoiler trop son intimité fragile, une envie monstrueuse de témoigner mais en même temps une peur de dire les choses et de les approfondir. Le texte s’en retrouve du coup brutal, sec, direct. On ne passe pas par quatre chemins pour évoquer les faits, pas de présentation de la victime, de l’agresseur, tout va très vite. Alors même si je comprends cette façon d’écrire, je regrette qu’Eliane Corgrhas n’ait pas été un peu plus loin dans le témoignage. Loin d’avoir ici une curiosité malsaine, je trouve juste dommage que son livre survole, comme indiqué dans le titre, le viol et son après de façon aussi expresse. Rares sont ces témoignages en littérature et par ce petit nombre de pages on a l’impression que l’auteur s’excuse presque de nous raconter ce qu’elle a vécu, alors qu’elle devrait au contraire avoir la fierté d’avoir eu ce courage.

Mise à part la longueur qui me gêne, ce sont les fautes de frappe (ou de ponctuation ?) qui ont parasité ma lecture. Je trouve déjà très dommage que le nom-même de cette femme soit écorché (soit en couverture, soit dans le résumé). Pour si peu de pages, un texte parfait aurait été la moindre des choses.

Pour ce qui est du positif, il y a bien sûr, comme dit précédemment, le courage immense de cette femme. Le viol est quelque chose dont on ne perçoit pas suffisamment l’ampleur dans nos sociétés, le culte du silence étant tellement grand. Et on peut comprendre quand on voit la douleur de porter plainte, d’être jugé, regardé, se sentir coupable, ne plus vouloir en parler et devoir toujours répéter. Le viol est quelque chose d’atroce et pour celle qui porte plainte c’est un combat de longue haleine qui suit. Il est important de le savoir et ce petit livre en est un bon exemple. Je terminerai donc en disant merci à l’auteur d’avoir témoigné.

 

[Cette critique a été publiée sur le site: http://www.les-agents-litteraires.fr/]

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Publié dans Littérature

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