Purulence, témoignage d'Amoreena Winkler

Publié le par les-critiques-de-yuyine

> Le livre: Purulence d'Amoreena Winkler, Edition Ego comme X, 2009, 245pages, 20€.

 

http://www.laprocure.com/cache/couvertures/9782910946739.jpg> Le pitch:

 "-Moi j'aime bien...

Le revers puissant que m'a destiné "papa" m'envoie tournoyer et brise la claire euphorie qui animait mes paroles.

-Que je ne te reprenne pas à dire "moi je"! Ca ne doit plus sortir de ta bouche. On te l'a déjà dit, non?

-Le "moi je", c'est l'ego, et c'est le mal. Ton corps et ton esprit appartiennent à Jésus et à la Famille. Le "moi je", tu le fais disparaître. C'est le Seigneur à travers toi qui doit briller, explique ma mère.

J'ai quatre ans et je m'oublie beaucoup.

J'ai quatre ans, et "moi je" ne doit plus exister."

 

> Témoignage à hauteur d'enfant d'une jeune fille rescapée de la secte des Enfants de Dieu dans laquelle elle est née et dont elle s'est échappée à 17 ans. Les récits sur les sectes sont nombreux, rares sont ceux qui sont au travers du regard d'une enfant, enfant qui n'a jamais connu d'insouciance ni même d'enfance, enfant née dans la Famille, qui n'a pas connu d'autre éducation que celle d'une secte proxénète, pédophile et apocalyptique. Le récit d'Amoreena Winkler retrace les premières années de sa vie, évoquant ce qui était pour elle normal alors qu'à nos yeux de "systémites" tout cela nous paraît atroce, obscène, déplacé. C'est là tout l'intérêt de cet ouvrage. N'importe quel témoin externe jugerait le tout sous un regard très "culturel", notamment l'utilisation des enfants pour le sexe. Mais Amoreena trouvait plaisant à 4 ans de faire "comme maman" en masturbant son "papa", elle se plaisait à imaginer l'acte sexuel dès son plus jeune âge. Parce que son éducation dans la secte à banaliser l'acte, parce qu'elle n'a connu que cela.

Le choc qu'elle reçoit lorsqu'elle rencontre les enfants qui ne sont pas de la secte est immense: leur mauvaise éducation, l'incompréhension de leurs codes, de leur vocabulaire. Cette fillette perdue doute. Elle doute surtout de son existence. Qui est-elle, à quoi peut-elle prétendre. Mais au fond ce qui l'aura sauvé est ce qui l'a brisé: ce "papa" ultra violent, cette maman lâche et perdue également. Son récit ne manque pas de violence et de scènes pour nous choquantes, pour elle normales. Difficile lecture que celle-ci pour toute personne qui ne peut se projeter dans l'existence de l'autre différent. Mais intérêt majeur du point de vue, du témoignage de l'horreur comme réalité. J'émettrais cependant des critiques négatives sur l'aspect répétitif (normal) du texte. Malgré une secte qui proclame le changement continuel, les actes se ressemblent, les punitions s'enchaînent, les doutes restent. Et la lecture en devient parfois un peu lassante. Il s'agit alors de ne pas oublier que tout ceci est vrai et que notre "petit ennui" a été vécu finalement comme une cruauté habituelle mais toujours aussi douloureuse. Ce témoignage d'une survivante est marqué de sa clairvoyance et sa lucidité qui lui donnent un poids considérable. (Ames délicates s'abstenir).

Publié dans Littérature

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É
Parution de la suite de Purulence : FILLE DE CHAIR, par Amoreena Winkler http://www.ego-comme-x.com/spip.php?article838
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