L'autre fille d'Annie Ernaux pour la collection "Les Affranchis"

Publié le par les-critiques-de-yuyine

> Le livre: L'autre fille d'Annie Ernaux, Collection "Les affranchis" dirigée par Claire Debru, Editions nil, Mars 2011, 78pages, 7€.

 

http://multimedia.fnac.com/multimedia/FR/images_produits/FR/Fnac.com/ZoomPE/6/9/3/9782841115396.jpg> Le pitch: "Car il a bien fallu que je me débrouille avec cette mystérieuse incohérence: toi la bonne fille, la petite sainte, tu n'as pas été sauvée, moi le démon j'étais vivante. Plus que vivante, miraculée. Il fallait donc que tu meures à six ans pour que je vienne au monde et que je sois sauvée."

 

> Cruel et déstabilisant.

La collection "Les affranchis", comme il a été vu pour le livre Je pars à l'entracte de Nicolas d'Estienne d'Orves, fait une demande aux auteurs: "Ecrivez la lettre que vous n'avez jamais écrite", affranchissez-vous de cette histoire en la posant une fois pour toutes en mots. Annie Ernaux a décidé de s'adresser à sa soeur, soeur qu'elle n'a jamais connu puisque décédée avant sa naissance à l'âge de six ans. Soeur dont les parents n'ont jamais parlé, restée secrète jusqu'au jour où l'enfant a entendu sa mère évoquée cette "petite sainte", cette fillette "plus gentille". Pour l'auteur, cette soeur n'a jamais pu exister réellement à ses yeux, l'une ne pouvant cohabiter dans l'existence de l'autre, l'une étant morte pour sauver la seconde, pour la faire naître. C'est cette impression d'avoir pu exister grâce au décès de l'autre fillette qui semble hanter la vie d'Annie Ernaux. La hanter mais sans jamais la freiner. Après tout, quelle peine peut-elle ressentir pour cette enfant qui n'a pour preuve d'existence que quelques photos?

L'écriture d'Annie Ernaux (auteur de La Honte [1997]; Se perdre [2001]...) est toujours étonnante: douce et fluide tout en étant dure dans ses propos et parfois sèche et acérée. Ici, ce n'est pas uniquement à cette autre fille qu'elle s'adresse mais aussi à ses parents, les évoquant sans cesse puisqu'ils sont l'unique élément qui la lie à cette soeur disparue. Son discours est direct, peu semblé un peu froid (voir même cruel) mais il est réaliste. Pas de pathos, pas de sentiments inutiles, elle annonce les faits comme ils lui sont apparus. Cette enfant-sainte est morte, sans cela elle n'aurait jamais existé dans cette famille où l'on ne pouvait élevé qu'une seule petite. Elle exprime avec brio ce bouleversement d'apprendre qu'on est plus l'enfant unique, que l'amour qu'on pensait acquis est peut-être faux, qu'on est moins bien qu'une autre. Mais en rien cela ne fera naître des sentiments envers cette soeur immatérielle. Ce texte nous plonge, non pas dans une intimité, mais dans la tentative d'en construire une avec cette fillette qu'elle n'aura jamais connu mais qu'elle a décidé de matérialiser, en quelque sorte de la ressusciter, en lui écrivant ces quelques mots.

 

> Pour voir les ouvrages de la même collection, rendez-vous sur la critique de Je pars à l'entracte.



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